dimanche 14 juin 2009

Coups de gueule! Halte au féminisme anti-féministe!

Ca fait un peu de temps que je n'ai pas écrit un peu sur ce blog, en doute sur mon engagement politique ces derniers temps, pas tant sur celui au sein des Alternatifs mais plutôt par rapport à la situation politique de notre côté de la gauche et les choix opérés par diverses organisations durant cette dernière période électorale...

D'abord ces derniers temps, suite à la création du STRASS (voir article ci-dessous) nous étions quelques unEs plutôt sur une position pro-sexe vis à vis de la prostitution libre et choisie, à vouloir (re)lancer le débat au sein des Alternatifs sur la question qui n'a véritablement eu lieu que lors d'un atelier à l'Université d'été consacrée au féminisme d'août 2008, sinon acté il y a 10 ans en congrès enterrant les discussions depuis.

Nous nous sommes vuEs opposer une fin de non-recevoir affligeante dans une organisation se disant évolutive et démocratique, certainEs prétextant que la position abolitionniste, étant encore réaffirmée au dernier congrès, n'avait plus lieu de se poser. En effet lors du congrès des Alternatifs en automne 2008, un embryon de débat avait commencé à avoir lieu entre deux jeunes déléguéEs dont j'étais, aussi militants transpédégouines, et les membres de la commission féminisme, porteuses d'une ligne assez conforme à celle du féminisme officiel porté par le CNDF (abolitionnisme, victimisation, etc...). Très vite découragéEs, nous avons préféré reporté nos efforts pour un vrai débat promis par certaines membres de la commission féminisme au sein de l'organisation suite au Congrès. Autant vous prévenir qu'il n'eut jamais lieu, et pire je me heurtai à des réactions de censure lors de la publication de mon article relatif à la création du STRASS (ci-dessous) dans le Rouge & Vert, journal des Alters. Il donna suite à une réponse assez pitoyable et moraliste d'une des animatrices de la commission féminisme (le singulier du mot est ici important ;-) ) retraçant son parcours de militante pour tenter de justifier la position abolitionniste des Alters, et portant un jugement assez choquant sur des pratiques sexuelle telles que le bondage et le SM ou encore la pronographie. Comme si la prostitution ne se limitait qu'à ceci, et surtout comme si ces pratiques concernaient le politique et regardaient d'autres personnes que celles y ayant recours! C'est là qu'on voit le mieux la normalisation de la sexualité à l'oeuvre dans le milieu féministe officiel face laquelle se heurtent entre autres les militants féministes pro-sexe sur la question prostitutionnel.

Le tabou de la sexualité, défendue comme quelque chose d'intime, empreint de morale marxo-judéo-chrétienne, est ici clairement visible, et participe à la stygmatisation de certaines pratiques et personnes, montrées comme déviantes. C'est contre cela qu'il faut se battre, car si l'on suit cette voie, la condamnation de la transexualité et des homosexualités n'est plus très loin. Encore une fois je le répète à mes amies abolitionnistes : "Vous avez votre sexualité et vos pratiques, soit. Nous (trans, putes, pédés, gouines, bi, hardeurSEs, SM'...) en avons d'autres! Alors cessez de vouloir nous imposer la vôtre, en même temps que votre vision de LA femme!"

En effet, quelle difficulté les "féministes officielles" ont-elles à concevoir qu'existent différentes trajectoires pour touteS leS femmeS, aussi bien au niveau de la sexualité qu'au niveau culturel et religieux (le port de la burka ...). S'extraire d'une pensée ethno-centriste et néo-marxiste interprétant les relations entre hommes et femmes, et entre humains et religions, comme relevant forcément d'une exploitation (inconsciente) et d'une domination, se révèle presque impossible pour celles-ci. Beaucoup militent d'ailleurs depuis les années 60 et n'ont pas su voir les nouvelles problématiques féministes émerger et restent dans des paradygmes sociétaux dépassés...

Justement, la même commission féminisme plus tard publia un communiqué appelant les organisateurs du Printemps de Bourges à déprogrammer Orelsan à cause des propos sexistes (pas un mot sur les propos homophobes) tenues dans certaines de ses chansons. Il est révoltant mais tellement caractéristique de ce milieu féministe d'appeler à la censure d'un artiste. Il eut été mille fois plus efficace d'appeler Orelsan à s'expliquer et à débattre, ou si refus au boycott de ses chansons, pour dénoncer ce genre de propos et entraîner une prise de conscience sur le sujet des violences contre les femmes.

La censure n'a été et ne sera jamais une bonne solution. La liberté d'expression et de création doit être respecté le plus possible, sinon l'on risque d'aboutir à des situations de stygmatisation et de victimisation de ces artistes, leur offrant une porte d'entrée à la médiatisation encore plus grande... Je ne citerai que l'exemple de Dieudonné pour montrer cela et les scores non-négligeables qu'il a pu faire dans les quartiers populaires de région parisienne, et ce grâce à son combat contre le communautarisme et la censure dont il dit avoir fait l'objet, ravivant ainsi l'antisémitisme dans certains milieux très particuliers du combat post-colonial. On en avait vraiment pas besoin...

Au-delà de la question de la censure, se pose surtout celle de la vision des femmes que défendent ces féministes. Une vision paradoxalement anti-féministe car justement victimisante, un féminisme essentialiste qui en vient à considérer le fait d'être victime comme la nature même de la femme, entre autres caractéristiques. Certes seul le fait d'être de manière générale dominées, exploitées et discriminées fait des femmes une catégorie en tant que telle, la division genrée n'ayant aucun fondement en terme biologique ou psychologique (voir articles plus bas), mais cela n'est en aucun cas un trait caractéristique à toutes les relations et activités entre hommes et femmes.

lundi 30 mars 2009

Prostitution = Auto-organisation

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Création du STRASS : Les TravailleurSEs du sexe s’auto-organisent et reprennent la parole

Le vendredi 20 mars 2009 aura vu naître un nouveau syndicat en France...
Loin des vieilles organisations de type ouvriériste classiques chez nous, il s’agit d’un syndicat autogéré... le STRASS, autrement dit le Syndicat du TRAvail Sexuel.

C’est lors des récentes Assises européennes de la prostitution de 2009 qu'il fut inauguré, en présence de nombreuses délégations d’associations de défense des droits des travailleurSEs du sexe du monde entier (Espagne, Belgique, Suisse, Italie, Egypte, Canada, Mexique...) venues apporter leur soutien et témoigner de leurs conditions d’exercice et expériences diverses face à la répression.

Pour fournir au STRASS de solides bases revendicationnelles, des débats de qualité eurent lieu en atelier toute la matinée.
Entre autres sujets, fut abordée la place des putes dans la prévention face aux IST et pratiques à risque, dans laquelle elles jouent un rôle de première place et affirment faire partie de la solution.

Un autre atelier était consacré aux revendications des "putes" en termes de droits sociaux, notamment dans le nouveau contexte induit par la LSI de 2003 (Loi Sarkozy, "Loi réprimant le racolage passif") qui sous couvert de lutte contre le proxénétisme et la traite, ne vise que des objectifs de lutte contre l‘immigration, et accentue au contraire les risques courus par les prostituéEs en les criminalisant directement ou indirectement (c’est-à-dire au travers des clients), tant au niveau sanitaire, des violences (des policiers ou clients) que des réseaux de proxénétisme et d‘esclavage humain.
-Le débat autour du statut à reconnaître aux prostituéEs déboucha par un assez large consensus sur celui de travailleurSEs indépendantEs, pour que la loi empêche toute exploitation de leur travail par proxénetisme ou salariat, tout en reconnaissant leur profession, pour laquelle elles côtisent déjà auprès de l’URSSAF, mais en contre-partie de quoi elles ne perçoivent que très peu de prestations sociales (retraites dérisoires, couverture sociale...), ce qui ne peut que les rendre plus précaires et fragiles encore.
-Fut aussi abordé le problème des conjoints masculins de prostituéEs, qui, s’ils vivent sous le même toît et ne peuvent justifier de revenus, peuvent être inculpés de proxénétisme de soutien, l‘inverse étant impossible.
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Le dernier atelier, portant sur l’organisation voulue par et pour les sex workers, vint clore des mois de travail et collaboration entre magistrats, juristes et associations de professionnelLEs du sexe pour contourner la loi contre le racolage passif et créer les statuts du premier syndicat de travailleurSEs du sexe en France, où la prostitution n’est pas officiellement interdite.
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Ce syndicat, qui en deux jours d’existence compte déjà plus de deux cent adhérentEs et plusieurs fédérations en France ainsi qu’à l’étranger, a été véritablement conçu comme un outil au service de l’auto-organisation des sex workers. Il devrait leur permettre de reprendre la parole dans le débat public sur la prostitution, depuis trop longtemps accaparé par les "experts" (médecins, catholiques, abolitionnistes...) parlant à leur place, et ainsi les aider à lutter contre l’opprobre morale à l’encontre de leurs activités qui les place soit dans le rôle de victimes, soit comme modèle repoussoir pour toute femme respectable...
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Enfin le STRASS a été créé comme un outil de plus contre le proxénétisme, l’esclavage et la traite des êtres humains ainsi que l’exploitation sexuelle des enfants, en tant que lieu de réflexion et d’élaboration d’une prostitution autogérée et choisie. La piste de la création de coopératives composées de travailleurSEs s’associant librement a d’ailleurs été sérieusement soulevée.


L’auto-organisation généralisée de la société commencera-t-elle par le travail du sexe?

Nathou

(* article extrait du dernier Rouge & Vert)

vendredi 6 mars 2009

Grèves et orgasmes : we need a Grrrévolution !

Et oui les re-belles, le fond de l'air n'est plus rose bonbon... Nous sommes dans une période de grand recul social. Le libéralisme et ses chantres s’attaquent à tous nos droits : sécurité sociale, retraites, droit à l’éducation, droit de grève, expulsion des sans-papierEs, autonomie des universités, suppression des plannings familiaux...


Les plus touchéEs sont les femmes, les trans, les gouines, les pédés, les issuEs de l’immigration et de la colonisation, les malades, les séropoTEs, les jeunes … bref la précarisation s’attaque avant tout à celles et ceux qui subissent une double voire une triple oppression.
Nous sommes les premières à occuper les emplois instables et sous-payés (CDD non-renouvelés...). Avec la crise, les travailleurSEs précaires sont les plus victimes de l’exclusion du marché du travail. En tant que féministes, nous devons dès à présent nous battre pour stopper cette politique de casse sociale.
Pour ce faire, il faut nous mettre en grève et étendre le mouvement à l’ensemble de la société en étant nombreuses, unies et solidaires de toutes les revendications qui vont dans le sens de l’émancipation sociale.

On est folles et hystériques : t’as un problème ?

Un mouvement peut aussi reproduire les oppressions... Les slogans comme « Sarkozy on t’encule », « Pecresse serre les fesses, on arrive à toute vitesse », « on se fait baiser par le gouvernement » sont sexistes et homophobes car ils donnent une image négative de la passivité et donc souvent de la sexualité des femmes et des pédés. Nous on aime bien se faire baiser ! Donc quand tu dis ça, tu nous exclus. Tu nous donnes pas envie de faire la grève avec toi.

Les grèves, ça change les genTEs. Tu deviens plus ouvertE sur les autres, tu réfléchis. C’est un moment propice à la réflexion collective et personnelle et au développement de mouvements de libération sexuelle comme ce fut le cas avec la 2nde vague féministe des années 60 et 70 qui est née dans un contexte de contestation sociale globale. En remettant en cause l'ordre social, on a l'occasion rare de construire un mouvement qui remette en cause aussi tous les mécanismes de domination.

Alors fais gaffe à ce que tu dis, range ton virilisme dans ta poche.
Et lutte avec nous! UnE autre monde est possible…


Chacha et Nathou
* Extrait du prochain MEG (Magazine d'Etudions Gayment)

mercredi 11 février 2009

Genre! t'es un mec?! Prouve le moi...


La société dans laquelle nos mamans nous ont forcéEs à vivre en nous laissant être arrachéEs si injustement de leur utérus, est, vous l'aurez remarqué, basée sur une séparation entre deux catégories de personnes que l'on appelle soit "hommes" soit "femmes" selon qu'elles aient un truc qui dépasse ou un trou entre les jambes.
Cette division de la société en deux paraît relever du sens commun, on y réfléchit pas naturellement, elle existe c'est comme ça...

C'est sûrement qu'il y a des raisons!
Et quand on demande lesquelles ça pose un petit problème...



(Se) Repoduire sans réfléchir

On est souvent confronté à des réponses du genre : "bah les femmes ont un vagin et les hommes ont un pénis!" Ouah! , ou encore : "les femmes sont plus fragiles, du coup la société s'est organisée sur ça en laissant les travaux les plus durs aux hommes". Au delà du fait que je pourrais leur rétorquer qu'ils n'ont jamais vu ma soeur, on pourrait opposer à ces personnes que même si c'était vrai, aujourd'hui les travaux étant moins physiques et plus intellectuels, pourquoi une telle division existe encore?
Pourquoi cette division sociétale basée sur la présence ou non d'un appendice en dessous de la ceinture?

Et oui, la vraie raison se trouve ailleurs... dans la domination d'une catégorie sur une autre créée pour l'occasion, afin de répartir le travail et refiler à la femme les tâches ingrates... Marx (Karlos pas Groucho) lui-même disait que "la femme est le prolétaire de l'homme"...

Du coup, pour légitimer et lui faire accepter sa domination, on a attribué à la femme plein de qualités censées lui être naturelles comme la fragilité, la coquetterie, la soumission, la timidité, la discrétion, la douceur, à l'opposé du stéréotype de l'homme se définissant par sa force, son courage, sa violence : "Montre que t'es un mec, que t'as des couilles!". Tout ça a été intégré dans nos manières de penser, alors on reproduit cela inconsciemment en achetant aux petits garçons des poupées GI Joe, quitte à légitimer des attitudes violentes plus tard vis à vis de leurs femmes (puisque ce modèle a forcément l'hétéronormie comme pendant : être homo ou bi c'est être une fiotte, un sous-mec, une femme quoi!), et en offrant aux petites filles des poupées Barbie pour leur apprendre à être belles en toute circonstance, à disposition de leur mari, et à subir sans rien dire ses violences ou ses envies... Et si fifille ne se révèle pas conforme à cela, on dira d'elle qu'elle est un garçon manqué, et plus tard qu'elle est sûrement lesbienne (oui, ce système est aussi synonyme d'homo/lesbophobie).
Des chercheurs ethnologues ont pourtant trouvé des peuples en Océanie chez lesquels les caractéristiques sociétales étaient inversées entre les sexes, entre les femmes autoritaires et violentes qui dirigeaient la tribu, et les hommes coquets et soumis. Comme quoi ces comportements ne sont pas si naturels et universels que ça!

Une science phallocrate, sans fondements et orientée

Mais le plus intéressant est que cette division biologique entre deux sexes n'est même pas fondée scientifiquement, puisqu'il y a une faible mais non-négligeable proportion de la population qui, quand elle naît a "les deux" sexes au niveau génital (pénis plus vagin) ou chromosomique (XXY), ce qu'on appelle les personnes intersexes, sur qui les médecins s'autorisent (avec l'accord des parents souvent mal informés), à déterminer arbitrairement par la chirurgie le sexe qu'ils/elles auraient pu choisir plus agéEs.

Alors nos chercheurs inquiets de voir les bases de leur éducation et petit monde sans fondement, s'acharnent à vouloir trouver sans réussir ce qui pourrait différencier l'homme de la femme. Mais que ce soit par les caractéristiques hormonales, morphologiques, ou génétiques, qu'on définit de manière conditionnée comme soit masculines soit féminines (les chercheurs aussi font partie de la société et ont été socialisés), on aboutit à, à peu près, 20% de la population "sexes confondus" qui réunissent différentes caractéristiques masculines ou féminines, et donc à des hommes (de par leur pénis) qui sont de par leur corps, leurs hormones ou leurs gènes plus féminins que des femmes et vice versa.
Pourquoi baser alors une séparation en deux de l'humanité sur l'existence d'un vagin ou d'un pénis, plutôt que sur la longueur des lobes d'oreilles ou la couleur de ses yeux? Est-ce que ça a plus d'importance?
Est-ce que l'on doit tout baser sur le critère reproductif? Les femmes et les hommes ménopausées et/ou stériles ne seraient alors plus vraiment ni des hommes ni des femmes. Et le rapport sexuel ne serait alors plus que procréatif? Amen! dirait le freaky-sex Beuh-noix XVI!

Diviser pour mieux régner

Ce qu'il faut retenir c'est que dans tous les cas, catégoriser c'est hiérarchiser. L'instauration de la division en deux sexes de l'humanité est originellement et sera toujours un instrument de domination. Et à partir du moment où on s'est permis de soumettre la moitié de l'humanité à l'autre, la voie était ouverte à n'importe quelle autre discrimination et domination, comme ce fut le cas par la suite avec la création des races, à partir de laquelle on a justifié l'esclavage ou plus tard la colonisation... Dans les deux cas on retrouve la domination du modèle de l'"homme blanc, occidental, chrétien, hétérosexuel et économiquement performant".
Comme il n'y a pas cinq ou six races mais une race humaine, il n'y a pas deux genres mais le genre humain, et autant de sexes qu'il y a d'individuEs... Alors pourquoi se sentir mal dans sa peau en essayant de coller à un stéréotype caricatural et inaccessible qui ne nous convient pas, alors que nous pouvons être nous même en créant notre propre identité en dehors des constructions sociales qui brident notre bonheur et notre épanouissement?


Nathou (humain à kekette, yeux noisettes et longs lobes d'oreilles)


* article extrait du prochain MEG (Magazine d'Etudions Gayment)

vendredi 28 novembre 2008

PartiS de gauche... mais arrivés où?

Pourquoi je ne suis pas républicain...

Oui je sais, ça peut paraître étrange comme affirmation pour une personne de gauche... Mais rassurez-vous je ne suis ni devenu monarchiste, ni poujadiste!
Non, je parle des républicains de gauche que l'on peut retrouver au MRC, au PRS et maintenant au Parti de Gauche créé à l'initiative de Mélenchon qui voudrait en faire le fer de lance du socialisme républicain français... Atchoum! Excusez moi, je suis allergique à la poussière!

Bien sûr j'en parle à cause de l'actualité de la création du PdG, dont on entend plus parler que la fédération de la gauche alternative (vous connaissez la théorie de l'écran de Debray? On passe mieux à la télé lorsqu'un mouvement est personnalisé), mais pas seulement... Ce soir est sortant du métro je me suis fait littéralement sauté dessus par une dame d'une cinquantaine d'années (oui oui, une fois n'est pas coutûme) qui voulait me refourguer un tract pour la création du Parti de Gauche et sa grande "inauguration" (le vocabulaire entrepenarial est volontaire) avec la venue d'outre-Rhin d'Oskar Lafontaine. Cette femme m'apprendra par la suite qu'elle vient du MRC de Chévènement (oui encore une figure).
Instinctivement je lui réponds que ce n'est pas la peine, que je connais et que ça ne m'intéresse pas étant militant antiraciste et autogestionnaire (j'aurai pu rajouter écolo), mais que ça n'empêche pas qu'on travaille ensemble comme pour les européennes :

Elle insiste, et me dit " les républicains ne sont pas racistes!"
- "Je n'ai pas dit ça", lui réponds-je, "c'est simplement que les valeurs républicaines de laïcité négative, ethno-centrées sont pour moi incompatibles avec l'engagement antiraciste. Et puisque vous me parlez de Chévènement, n'est-ce pas de lui l'expression "les sauvageons" en parlant des jeunes des quartiers?""
-"Oui oui mais c'est vrai que c'est une population qui a besoin d'être éduquée, les parents ne font plus leur boulot!" me rétorque t-elle.
- "C'est un discours de droite ça madame, voire colonialiste, c'est avec ces mots qu'on cautionnait l'invasion des terres et l'exploitation des peuples pour leur transmettre les "valeurs universelles" portées par la République". Je continue, " vous ne pensez pas que ces parents aimeraient passer plus de temps dans leur famille, ou avoir les moyens d'éduquer leurs enfants pour qu'ils ne fassent pas de bêtises, mais qu'on les enferme dans cette précarité ghettoïsante?"
- "Non la délinquance est quelque chose que l'on ne peut pardonner ou justifier, la gauche ne doit pas être la parti des délinquants"
- "Ah vous ne pensez pas qu'il y a un déterminisme social, comme dit Bourdieu, à la délinquance? Sans aller jusque pardonner, ne peut on pas relativiser ces actes?"
- "Non, je suis une femme et je n'ai pas envie de me faire violer en me balladant dans la rue par un islamiste!"
CQFD! La droite (et ses amalgames xénophobes) a de beaux jours devant elle... même à gauche!

On a pas abordé la question de l'autogestion et du centralisme démocratique, et tant mieux; j'ai préféré partir désespéré par ces derniers mots
Il serait vraiment temps que tou-te-s les militant-e-s des quartiers investissent le champ politique et y prennent la parole pour combattre la xénophobie latente dans la société, et surtout dans le milieu militant de gauche!

Comme quoi, que ce soit le socialisme républicain ou le trotskysme, les idéologies passéistes et poussièreuses de gauche ne sont pas prêtes de disparaître...
J'espère que la fédération de la gauche alternative à venir sera un outil pour combattre ces idées, comme l'on combat le capitalisme et ses ravages. La tolérance et l'ouverture des esprits et des cultures sera une des clefs de la paix du monde à venir.

samedi 15 novembre 2008

"Y'a plus que les ritales pour se bouger en France!"

"NON PAGHEREMO LA LORO CRISA"

Oui c'est une phrase que j'ai entendu très souvent vendredi soir au rassemblement de soutien aux universités italiennes en lutte contre l'équivalent de nos coupures budgétaires et de notre LRU (Loi relative à l'autonomie des universités) françaises, où les français se sentaient étrangers en leur propre pays au milieu de tant d'italiens...
Sauf que leur mobilisation à eux en Italie est un cran au dessus avec trois cents mille personnes dans la rue à Rome hier soir. En France, ce sont encore les étudiants italiens les plus nombreux à se mobiliser contre une directive européenne issue du "processus de Bologne". Ils étaient deux-cents à se réunir devant le Consulat Italien hier matin, le soir une petite centaine à envahir la salle de conférence de l'Institut de la Culture Italienne pour porter leurs revendications pour la sauvegarde de la culture et de la recherche et pour l'indépendance de l'enseignement supérieur en Italie, sous le mot d'ordre "Non pagheremo la loro crisa".
Des rassemblements de soutien similaires se sont tenus dans les 20 plus grandes villes d'Europe comme Istanbul, Madrid, Monaco, Berlin, Barcelone, Bruxelles,... Bref il semble que pour la première fois depuis... mai 68! (et oui!) un mouvement de contestation européen se mette en place.

Cependant ne jettons pas la pierre aux étudiants français encore un peu frileux cette année. L'an passé nous a un peu échaudé avec une mobilisation crescendo qui a disparu comme elle était venue, lachée en cours de route par le syndicat réformiste et social démocrate majoritaire en France, j'ai nommé l'UNEF...
En effet un temps après avoir soutenu le mouvement qu'elle a vu se développer en dehors de son contrôle, car à l'initiative de Sud Etudiant et des autres forces de gauche radicale, l'UNEF décida de passer directement à la table des négociations avec la ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, pour à la fin accepter des miettes contre lesquelles elle décide de se battre maintenant.

Mais là où on peut se rassurer c'est que ce mouvement qui se développe en France, se fait en dehors de tout contrôle des syndicats, en AG où les étudiants italiens expatriés décident de la vie du mouvement, avant de transmettre leurs idées de mobilisation aux AG étudiantes qui se tiennent un peu partout ces temps-ci pour aller vers un mouvement global des étudiants...

On ne peut que souhaiter bonne chance à tou-te-s et être avec eux/elles jusque dans la rue!

mercredi 12 novembre 2008

L'ingénu : Congrès, fédération, appels, nouveaux partis? Kesako?

Ouhlala! C'est ce qui me viendrait à l'esprit si je débarquais en France et y découvrais notre paysage politique surtout du côté de la gauche radicale...

La confusion règne en effet entre une dynamique NPA qui commence à se stabiliser après des débuts fluctuants mais où commencent aussi à se faire jour les première contradictions entre comités locaux assez divers dans leur composition et la direction nationale de la LCR qui tente de garder la bride sur sa construction;

un processus de "fédération" des militants, citoyens et des forces se reconnaissant dans la gauche alternative, à laquelle sont partie prenante Communistes Unitaires, Alternatifs (dont le congrès vient de confirmer l'engagement dans la création d'une telle force), Collectifs Unitaires, le MAI et autres divers courants de l'écologie radicale. Un processus recevant un large écho dans les milieux militants écologistes et altermondialistes mais qui en dehors peine à se faire connaître à cause d'un black-out médiatique impressionnant;

un PCF en crise dont l'issue du prochain congrès ne se résumera hélas qu'à un renouvellement assez superficielle de l'équipe dirigeante puisqu'elle sera issue de la motion de la direction nationale actuelle élue par à peu près 20% des militants lors d'un vote interne où l'abstention et les votes nuls ont atteint des records sans précédents;

une gauche du PS qui commence à se réorganiser avec la sécession de Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon suivis par le PRS et rejoints par le MARS-GR (républicains anti-libéraux), qui appellent à la création d'une nouveau "parti de la gauche" clairement en rupture avec le capitalisme mais apparement pas avec le PS. Cela rajoute encore à la confusion à la gauche de la gauche, puisque ceux-ci ne semblent faire appel, pour la consitution de ce Die Linke à la française, qu'aux forces républicaines et surtout au PCF.
J'avoue que la manière dont a été lancé cette initiative me rend assez perplexe... En effet alors que s'enorgueillant de porter un projet unitaire, elle se fait en dehors de tout cadre existant s'en renvendicant (Politis) ou ne fait pas appel à ceux en cours de construction (fédération de la gauche alternative).


Ce rassemblement partiel des forces républicaines et socialistes, comme pour le NPA avec l'apport de militants anti-capitalistes proches de la LCR, ne semble pas se fixer pour objectif ultérieur leur propre dépassement dans un regroupement plus large des forces de la gauche de transformation sociale et écologiste, contrairement à l'initiative de "fédération de la gauche alternative" en cours qui ne se conçoit que comme une première étape vers la constitution d'une force pluraliste.

Certes, il est légitime et important pour le pluralisme des idées de la gauche de la gauche, que le pôle anticapitaliste, le pôle autogestionnaire/altermondialiste et le pôle républicain/socialiste s'organisent chacun de leur côté, mais quel gâchis monumental ce serait si cette division/réorganisation devait aboutir à trois forces chacune tournant le dos aux autres, chacune se pensant suffisante pour porter à elle seule un vrai changement de société.
On ne pourra regrouper la gauche de la gauche dans son ensemble autour d'une seule de ces trois forces à venir, nous devons le dire, le répéter et faire pression pour que des passerelles continuent à se faire entre chacune...
C'est aussi pour porter ces revendications qu'il est important que la "fédération" de gauche alternative commence réellement à se construire et se renforcer tout de suite.

Ainsi la partie de cartes s'avère au fur et à mesure du temps plus compliquée mais je ne pense toujours pas qu'elle soit sans issue commune possible si chacun reste capable de dépasser les querelles de clochers, qui nous ont déjà fait perdre tant de fois.

Les européennes doivent être l'occasion de commencer ce débat sans que le jeu soit pipé d'avance. Mais loin de vouloir construire l'unité pour l'unité, afin de ne pas reproduire les erreurs de 2006, c'est sur le fond de notre projet commun, bref ce qui nous rassemble tout en mettant à plat ce qui nous divise, que l'on doit commencer à discuter et pas seulement sur des têtes de listes.